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Le condamné par contumace bénéficie
d'une protection franco-allemande.
Bamberski traque toujours le
meurtrier de sa fille
Par Jacqueline COIGNARD
QUOTIDIEN : jeudi 2 novembre
2006
Jamais André Bamberski
n'acceptera que le meurtrier de sa fille Kalinka soit dispensé de prison
sous prétexte qu'il s'agit d'un Allemand ultraprotégé pour des
raisons mystérieuses par les autorités de son pays.
Kalinka Bamberski est morte en
1982, à 14 ans, alors qu'elle passait des vacances en Bavière chez sa mère
et son beau-père, le docteur Dieter Krombach. A l'époque, la justice
allemande s'empresse de classer l'affaire malgré les circonstances
étonnantes qui entourent le décès de l'adolescente (1). C'est le début
d'un marathon judiciaire pour le père de Kalinka, qui obtient un semblant
de victoire le 9 mars 1995 : Krombach est condamné par contumace à quinze
ans de réclusion par la cour d'assises de Paris. La décision n'a jamais
été exécutée.
Plainte. André Bamberski, 70 ans, veut
comprendre pourquoi. Dans sa campagne toulousaine, il y consacre tout son
temps de retraité. Sa plainte pour «corruption et non exécution d'une
décision par les autorités judiciaires», déposée en 2003, vise
un X qui cache hauts magistrats et fonctionnaires français. Elle lui a
permis de plonger dans certains échanges entre le ministère de la Justice
et le parquet général de Paris. De ceux qui ne font jamais surface et qui
jettent une lumière crue sur ce que signifie l'expression «dossier
surveillé».
Dieter Krombach vit sur les
bords du lac de Constance. Sa tranquille existence est un peu troublée en
1997 : il est reconnu coupable d'avoir endormi une de ses jeunes patientes
(16 ans) avec des somnifères avant de la violer. Malgré d'autres plaintes,
le médecin s'en sort avec deux ans de sursis, suscitant l'étonnement de la
presse allemande. Certains suggèrent un passé d'agent secret. Sans
preuve.
Pendant ce temps,
qu'entreprennent les autorités françaises pour récupérer cet homme ?
«Rien. J'en ai les preuves écrites», répond Bamberski.
Durant des années, il a téléphoné, écrit, envoyé des dossiers. Sans
comprendre pourquoi il a fallu des mois avant que ne soit lancé un premier
mandat d'arrêt international.
«Maintenant, je sais
pourquoi», dit-il, exhumant les rapports et les notes officiels.
Il cite ainsi une dépêche adressée le 30 mars 1995 par Laurent Le Mesle,
sous-directeur des affaires criminelles et des grâces à la chancellerie, à
Jean-François Burgelin, procureur général de Paris : «Je vous serai
très obligé de ne pas procéder à l'exécution de cet arrêt [la
condamnation par contumace, ndlr], sans m'en avoir, au préalable,
rendu compte.»
«Ordre». Désormais procureur général de
Paris, Le Mesle insiste sur les derniers mots de sa dépêche de 1995 :
«J'avais seulement demandé à être informé des décisions prises, car il
s'agissait d'un dossier signalé.» Les autorités allemandes,
rappelle-t-il, contestaient la validité des poursuites en France d'une
affaire qu'elles estimaient jugée en Allemagne (non bis in
idem) et la conformité de notre contumace à la convention
européenne des droits de l'homme. «Le procureur Burgelin a interprété
cette dépêche comme un ordre», rétorque Bamberski. Et de
ressortir un rapport de Burgelin, du 19 avril 1996 : «Conformément aux
termes de votre dépêche du 30 mars 1995, l'exécution de cet arrêt est
suspendue. [...] J'ai l'honneur de vous prier de m'adresser vos
instructions sur la suite qu'il y a lieu de donner à cette affaire dont on
ne saurait trop souligner le caractère délicat.»
Pressions. Fin avril 1996, une note
interne à la chancellerie constate que Krombach est à l'abri en Allemagne,
qui ne l'extradera jamais, mais que la diffusion d'un mandat d'arrêt
«pourrait lui interdire de sortir de son pays». François
Falletti, directeur des affaires criminelles et des grâces, poursuit :
«Il va, néanmoins, être de plus en plus difficile de s'opposer à la
demande de la partie civile [...]. Il m'apparaît donc qu'il conviendrait
de donner pour instruction au parquet général de Paris de ramener à
exécution la décision de la cour d'assises en date du 9 mars
1995.» Mais il recommande d'en
«aviser» l'ambassade d'Allemagne au préalable.
Les pressions allemandes sont
tellement fortes qu'elles finissent par indisposer plus d'un conseiller, à
la chancellerie. En 1997, l'un d'eux dénonce ainsi «le comportement
extrêmement discutable du conseiller juridique de l'ambassade d'Allemagne,
monsieur Catoir, qui n'a pas hésité à intervenir directement auprès du
parquet général et qui ne se prive pas de faire des injonctions à nos
différents services». Avec succès, semble-t-il. Bamberski
démontre qu'il a toujours fallu tordre le bras des autorités françaises
pour faire avancer les démarches. Alors que, au parquet général, on assure
que les mandats de recherche sont maintenus, notamment le mandat européen
qui dispense de procédure d'extradition. Donc, théoriquement, le docteur
Krombach ne peut plus passer la frontière sans risques.
«Faux, rétorque Bamberski, il est allé en vacances en
Egypte du 27 décembre 2002 au 2 janvier 2003. Mais le magistrat de liaison
à la base Schengen de Nanterre a dit de ne rien faire.» Et de
sortir la fiche de signalement de la direction de la P.J. de
Nanterre.
Louxor. André Bamberski a donc repris sa
plume pour demander des explications au ministère de l'Intérieur. Réponse
le 2 mars : «Il est vrai que les autorités françaises ont eu
connaissance d'un voyage de M. Krombach à Louxor. Dès lors, elles auraient
pu demander son interpellation en Egypte. Cela n'a pas été fait, non point
en raison de protections policières, mais à cause d'une mauvaise
appréciation de l'information.» Le docteur Krombach a beaucoup
de chance, ou de puissants protecteurs...
(1) Lire notamment
Libération des 15 juillet 2004 et 4 mars 2005.
Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens. |
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